Un projet de loi pour les personnes handicapées en quête d’autonomie – La Presse, 29 juin 2026

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE Joey St-Jean est tétraplégique et à la recherche d’un logement adapté.

« Espoir » et « patience » : le porte-parole du Parti québécois en matière de services sociaux, Joël Arseneau, lance un message empreint d’espoir à Joey St-Jean, jeune homme handicapé de 24 ans qui demande l’aide médicale à mourir faute de trouver un logement adapté. Un projet de loi du député, déposé au printemps, « correspondrait exactement » aux besoins des personnes handicapées en quête d’autonomie, comme Joey.

Publié à 17 h 29

Léa Lemieux La Presse

Le texte de loi, déposé en avril, créerait un programme permettant aux personnes handicapées de vivre dans un domicile privé tout en recevant des soins personnalisés en tout temps. « Ça consiste essentiellement à soutenir financièrement le déménagement des personnes handicapées vivant en CHSLD pour leur permettre de vivre en appartement avec une assistance 24 heures sur 24, si elles le souhaitent », détaille le député péquiste des Îles-de-la-Madeleine.

Ce projet de loi répondrait aux demandes de Joey, un jeune homme handicapé de 24 ans hébergé en CHSLD, mais qui souhaite vivre dans un appartement supervisé. Incapable de trouver un logement adapté à ses besoins, celui-ci demande maintenant l’aide médicale à mourir.

Lisez « En CHSLD à 24 ans : “Je ne me sens pas vivant” »

« Je lui demande de faire preuve d’une certaine patience parce que je pense que la solution existe. Il s’agit de pouvoir la mettre en œuvre », estime M. Arseneau.

L’histoire de Joey St-Jean, racontée lundi dans La Presse, a ému de nombreux lecteurs. Le ministre responsable des Services sociaux, Lionel Carmant, doit lui rendre visite à son CHSLD ce mardi, affirme Joey. Cette rencontre était prévue avant la publication du reportage.

Le cas de Joey St-Jean a été soulevé par le député de Québec solidaire Guillaume Cliche-Rivard à l’Assemblée nationale pendant l’étude des crédits, souligne le cabinet du ministre. M. Cliche-Rivard « a demandé au ministre s’il accepterait de le rencontrer et la réponse a été oui », explique-t-il.

« Nous travaillons en étroite collaboration avec Santé Québec, afin de trouver une solution adaptée aux soins requis par M. St-Jean. Nous comprenons très bien les enjeux vécus par monsieur et son désir d’autonomie. D’ailleurs, notre gouvernement privilégie le maintien à domicile », soutient le cabinet.

En mai, le gouvernement Fréchette a ajouté un million d’heures supplémentaires au programme de soutien à domicile, qui permet aux personnes âgées ou aux personnes handicapées de bénéficier d’une aide à domicile. C’était l’une des promesses faites durant la course au leadership de la CAQ. Près de 2,6 milliards de dollars sont consacrés au soutien à domicile annuellement, une hausse de 86 % depuis 2019.

« Préoccupant »

« La situation de Joey est extrêmement préoccupante dans la mesure où la seule porte de sortie qu’il semble voir aujourd’hui, c’est l’aide médicale à mourir », estime M. Arseneau. Il se dit « surpris » d’avoir vu l’histoire de Joey publiée sous l’angle de l’aide médicale à mourir (AMM), lundi.

Le député péquiste avait échangé à la fin du mois de mai avec le jeune homme après que ce dernier l’eut contacté pour lui raconter son histoire. Il avait expliqué à Joey qu’il avait élaboré un projet de loi qui pourrait l’aider, mais il ne savait pas que le jeune homme allait demander l’AMM.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSELe député péquiste Joël Arseneau

Selon les calculs de M. Arseneau, le programme proposé coûterait environ 98 000 $ par année, tandis que l’hébergement en CHSLD se chiffre à près de 150 000 $ annuellement. Un programme moins coûteux, donc, qui permettrait de libérer des places en CHSLD, affirme le député du PQ.

Il a bon espoir de pouvoir défendre et faire adopter son projet de loi, que le Parti québécois soit à la tête du gouvernement ou non au terme des élections provinciales à l’automne.

« C’est une question de dignité, de participation pleine et entière des personnes handicapées comme [Joey] », considère-t-il.

« On devrait aider Joey à vivre plutôt que de l’aider à mourir, a réagi de son côté Elisabeth Prass, porte-parole du Parti libéral en matière de services sociaux, lundi. Quand l’accès à des services et à un logement adapté est si défaillant que mourir devient la meilleure option, c’est que le système a lamentablement échoué. »

« Les belles paroles de la CAQ sur “l’inclusion” ne valent absolument rien pour Joey et pour toutes les personnes qui tombent entre les mailles du filet. Ce n’est pas ça, un Québec qui prend soin de son monde », a-t-elle ajouté.

Cette histoire rappelle aussi à M. Arseneau celles de Jonathan Marchand et de William Losier-Labrie, deux autres Québécois en situation de handicap qui se battent pour davantage d’autonomie à domicile.

En 2020, Jonathan Marchand s’était enfermé dans une cage devant l’Assemblée nationale pendant cinq jours jusqu’à ce que le gouvernement accepte de créer un comité de travail pour une plus grande autonomie des personnes handicapées obligées de vivre en CHSLD comme lui.

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Un projet de loi pour les personnes handicapées en quête d’autonomie