Le Journal de Québec : notre collègue Jessica Picard témoigne sur l’adaptation de domicile

Jean-François Racine

Vendredi, 21 août 2026 00:00

Malgré la reprise ce mois-ci du Programme d’adaptation de domicile (PAD), des personnes handicapées ont lancé la serviette en raison des délais trop longs, si bien qu’une femme de Québec a choisi d’assumer elle-même les 100 000 $ nécessaires à la transformation de sa maison.

Tétraplégique depuis près de 20 ans, Jessica Picard est mère de deux jeunes enfants. Sa deuxième fille n’est âgée que de 4 mois. Comme il s’agit d’un accident de loisir au bord d’un lac, la jeune femme n’a reçu aucune indemnité depuis le drame en 2007. À peine sortie de l’adolescence, en fauteuil roulant de surcroît, elle se rappelle avoir été prisonnière de sa chambre au deuxième étage. Publicité

Aujourd’hui, avec un nouveau bébé, elle a décidé de vendre sa maison pour déménager dans une autre résidence située à Lévis. Elle paiera elle-même les rénovations de sa nouvelle demeure, qui dépassent 100 000 $. Cuisine, douche et accès adaptés, rien n’est un luxe pour prendre soin de soi et des enfants. Comme chaque parent, elle doit pouvoir préparer à manger ou donner un bain.

Reprise

Le programme a été suspendu l’an dernier, mais sa reprise depuis le 12 août s’annonce laborieuse puisque le budget est possiblement insuffisant pour répondre à la forte demande.

« Moi, j’ai abandonné. J’ai décidé de ne pas faire de demande. Quand j’ai eu mon accident, j’ai attendu deux ans. Il y a beaucoup de dossiers en attente », explique Jessica.

Sans surprise, personne ne peut mettre sa vie sur pause en espérant de l’aide. De son côté, la mère de famille réinvestira le profit de la vente de sa résidence pour adapter la prochaine.

Selon le gouvernement, le programme de la Société d’habitation du Québec offre une aide financière pour l’exécution de travaux visant à adapter le domicile de personnes handicapées, afin de leur permettre d’accomplir leurs activités essentielles de la vie quotidienne et de favoriser leur maintien à domicile. La personne bénéficiaire ne doit pas avoir reçu de l’aide financière au cours des cinq dernières années. Jessica Picard, son conjoint Édouard Boucher et leurs deux filles. Photo Jean-François Racine

Longs délais

En 2023, Québec a bonifié les subventions du PAD, qui sont passées de 16 000 $ à 50 000 $. Le nombre de demandes d’aide a bondi, mais le budget n’a pas suivi.

« Les délais sont interminables. Avec des enfants, je refuse d’attendre. Je demande juste un peu d’équité. Je travaille à temps plein. Je paie mes taxes et impôts, et je me retrouve à devoir me battre pour être une mère autonome dans ma maison. Je parle aussi pour les autres en situation de handicap qui vivent la même injustice », ajoute-t-elle.

« Ça prenait une chambre. On ne peut pas emménager dans la nouvelle maison alors que la petite aura 3 ans ! Ce n’est pas un choix », estime son conjoint, Édouard Boucher.

Certaines nécessités ne sont pas incluses non plus dans le programme. « Je peux conduire mon véhicule, mais je ne peux pas déneiger l’auto, alors ça prend un abri. C’est essentiel pour moi. »

Pour lire l’article sur le site du Journal de Québec : www.journaldequebec.com/2026/08/20/une-mere-de-quebec-a-choisi-dassumer-elle-meme-les-100-000-necessaires-pour-ladaptation-de-sa-maison